Le cycle de la vie… et de la mort…

Nima is sleeping on Aurélie’s knee.

Voyager, découvrir, rencontrer, c’est beau et enrichissant. Mais il y a des aventures plus agréables que d’autres et celle que nous vivons actuellement n’est pas sans difficultés…

Et de une maison en paille
Hans standing in front of his eco-house.

De Perpignan, nous avons mis le cap sur Belloc (Ariège) – un petit hameau au bord du lac de Montbel – pour y apprendre les fondamentaux de l’éco-construction. Guidés par Hans, un hollandais qui a acheté un lopin de terre, nous avons donc mis la main à la pâte, au sens propre comme au figuré.

Voilà presque un an qu’il a débuté la construction d’une maison en paille avec ossature bois et ce terrain argileux lui offre une grande partie de la matière première. N’étant pas du métier, Hans a beaucoup appris au travers de livres et de recherches sur internet. Et c’est en autodidacte qu’il a réfléchi, dessiné, puis mis sur pied tout le chantier. Grâce à sa force mentale couplée à son penchant pour les travaux physiques, il a construit cette maison jour après jour sans avoir à recourir à des professionnels de la construction. Résultat, une maison confortable de 50 mètres carrés sur 2 étages, tout en matériaux naturels et réalisée avec moins de 15’000 euros ; Maison qui lui permettra d’ailleurs très prochainement d’accueillir sa femme et sa fille de 2 ans – qui sont restées en Hollande le temps que la maison soit terminée.

Au programme, découverte des principes d’une ossature bois, réalisation de torchis (une mixture à base de sable, d’argile – du lieu – et de paille), création d’une frise en pierres collées contre les murs grâce à une autre « papotche » de sable et d’argile uniquement et enfin, ponçage et huilage des escaliers en bois. Pour Yann il y avait au menu tout un tas de travaux bien plus physiques puisque la fosse de filtration par le sable était en cours d’élaboration. Ce ne sont donc pas moins de 8 tonnes de galets, puis 32 tonnes de sable qu’il a pellé à la seule force de ses bras. Ses mains en portent d’ailleurs encore les traces !

Before leaving and as the sun was shining, we enjoyed a bath in Montbel’s lake.

Mais comme Hans était auparavant cuisinier, nous avons été choyés par les délicieux plats qu’il nous a préparé. Nous avons aussi fait la connaissance de son frère et de quelques amis venus lui prêter main forte, ainsi que Frédéric, un autre « twizer ». Ce fut donc l’occasion de grillades et de soirées festives autour du feu. Bref, de beaux moments de partage !

Hans and some of his friends

Mais tout a une fin et nous nous étions engagés pour du wwoofing dans une autre ferme, alors nous avons repris nos sacs. En route pour l’Aude, où Sabine – la propriétaire de la ferme – nous attendait.

La vie en communauté
Our arrival at En Durou was marked with the discovery of 5 small Border collies

« En Durou » est un hameau qui a été pris d’assaut par une communauté hippie dans les années 70. Mais de cette communauté, ne reste finalement que le nom, une maison « communale » et quelques rares survivants. Les autres habitants sont ainsi soit des néo-ruraux fraîchement installés dans ce coin reculé, soit des gens de passages dont certains reviennent plus souvent que d’autres…

 

 

 

Our host for the 2 weeks we spent in En Durou : Sabine.

La « gardienne » de ce hameau et du semblant de communauté qui reste est Sabine, notre hôte pour ce wwoofing. C’est aussi elle qui gère la bergerie et tous les animaux qui la composent. Il y a donc ici :

  • des moutons – plus de 120 en comptant les agneaux
  • une vingtaine de chèvres et leurs petits
  • une craquée de poules, coqs et poussins
  • des chevaux
  • deux chatons
  • et les chiens ; Un patou (ou Montagne des Pyrénées), le chien de garde attitré du troupeau, trois borders collies utilisés comme chiens de travail et leurs cinq chiots.

A notre arrivée, ce sont donc les cinq chiots qui nous accueillent en nous faisant littéralement la fête – Inutile de préciser que nous tombons immédiatement sous le charme de ces boules de poils aussi petites que gauches… – Sur la terrasse de la maison communale, plusieurs générations sont rassemblées et fêtent le retour d’un de leur membre qui a longtemps vécu ici avant de s’installer en Inde, puis en Grèce.

Juste le temps de poser nos sacs et de donner un indispensable coup de ménage dans la pièce qui nous est attribuée – en l’occurrence la salle de jeu de la maison communale – que nous filons déjà à la bergerie. En effet, dans l’heure qui a précédé notre arrivée, des chiens du voisinage s’en sont pris aux chèvres et la plus petite en a fait les frais… C’est terrée dans un coin, dégoulinant de sang et n’arrivant même plus à porter sa tête que nous la trouvons. L’inspection commence et avec elle la découverte de toutes les morsures que la pauvre bête a subie. Au cou, à l’épaule, sur le ventre et à la cuisse, les trous ne manquent pas. Précautionneusement, nous aidons Sabine à désinfecter toutes ces plaies et réalisons un lit de paille fraîche pour la chevrette, persuadés toutefois que la bête amorphe n’y survivra pas…

Sabine nous fait ensuite découvrir le reste des lieux et ses habitants tant humains qu’animaux. Il s’agit principalement d’une exploitation ovine où les animaux sont élevés pour la viande. Le lait de 4 chèvres est toutefois récupéré quotidiennement pour les besoins des habitants du site en lait et en fromage. Mais il y a également un poulailler – pour les œufs et la viande -, des chevaux histoire de faire de longues balades dans les montagnes alentours, de nombreux arbres fruitiers – pour les confitures et pâtisseries – et un grand potager qui, à la belle saison, produit la majeure partie des légumes consommés. Pour ce qui est des installations, un champ de panneaux solaires produit la totalité de l’énergie nécessaire au site. Quant à l’eau, une source alimente la citerne durant l’hiver. Et ce pour autant que la température ne baisse pas trop car tous les tuyaux sont exposés à l’air et donc, quand il y a gel, il n’y a simplement plus d’eau… Mais pour tout le reste de l’année, c’est l’eau de ville qui est acheminée en haut de la colline à grand renfort d’une pompe fonctionnant au solaire.

A pretty butterfly.

Pour l’eau chaude, c’est encore une autre histoire… Premièrement, il n’y en a que quand il fait beau et après, elle n’est disponible qu’en deux endroits ; un robinet attenant à une maison du village et la douche extérieure qui loge sous l’immense figuier du jardin. Mis à part les taons qui y séjournent, il n’y a pas plus bucolique ! Mais quand il s’agit de faire la vaisselle pour une quinzaine de personne, cela devient tout de suite plus compliqué…

Bref, la découverte d’En Durou, c’est surtout pour nous la (re)découverte de la vie en communauté. Logeant qui plus est dans la maison communale, nous sommes aux premières loges pour en constater les pendants positifs, comme négatifs. Pas facile en effet de conjuguer les intérêts, envies et habitudes de la multitude, il faut l’avouer, plutôt hétéroclite. Entre ceux qui travaillent, ceux qui sont là en vacances ou en retraite, les maniaques et les bordéliques, ceux qui aiment cuisiner et ceux qui aiment plutôt juste s’asseoir à la table quand tout est prêt et repartir sitôt le repas fini histoire d’éviter la laborieuse vaisselle. Il y en a pour tous les goûts et le respect de chacun n’est visiblement pas le même pour tous. Entre tensions, reproches et déconvenues, il est vrai que nous devons prendre sur nous à plus d’une reprise pour que ce point ne nous fasse pas quitter l’endroit aussi vite que nous y sommes arrivés.

Mais la communauté a aussi de bons et intéressants côtés. Durant deux semaines, nous côtoyons des gens de toutes origines, de tous horizons, avec des parcours aussi divers que variés. Beaucoup d’entre eux ont fait de hautes études dans un domaine ou dans l’autre, puis à un moment de leur vie, se sont reconvertis dans quelque profession qui leur faisait sens. Beaucoup sont autodidactes dans leur nouvelle voie et les entendre parler de cette passion qui les anime procure un réel plaisir, mais surtout une transmission de savoir concrète.

Le cycle de la vie… et de la mort…
Cadeau du ciel ? Non, plume de vautour fauve.

En Durou, c’est aussi pour nous la découverte de l’autre pendant de l’élevage. Les bêtes y naissent, – il y a d’ailleurs ici chatons, chiots, agneaux, chevreaux et poussins – mais elles y meurent également…

Contrairement à la chevrette du premier jour qui – contre toute attente – a survécu et se porte aujourd’hui à merveille, plusieurs animaux n’ont pas eu cette chance. Sommes-nous tombés au mauvais moment ou est-ce un mauvais concours de circonstance, notre passage à la ferme voit malheureusement défiler un enchaînement de morts dans les 3 jours suivants notre arrivée… Un agneau chétif que Yann trouve noyé dans un seau d’eau, une brebis dont le traitement contre la douve signe l’arrêt de mort et un mouton, parmi les 6 disparus, dont seuls les restes sont retrouvés. Cela, couplé au « départ normal » de 3 agneaux pour l’abattage, nous voyons en un trop court laps de temps les côtés les plus difficiles de l’élevage.

Ces morts sont autant de déchirures alors même que nous ne connaissons ces animaux que depuis quelques jours. Et manger la viande des bêtes abattues devient pour nous un crève-coeur. Mais par respect, par pudeur ou par gène, nous n’en disons rien. A tort ou à raison, nous n’abordons pas non plus le malaise généré par ces morts à répétition. Mais les remises en question fusent… Avions-nous vu ces aspects dans nos projets et projections ? Y a-t-il moyen de faire différemment ? Avons-nous envie de cautionner cela ? Est-ce qu’élevage, implique irrémédiablement morts d’animaux ? Quand cela devient notre gagne-pain, la relation avec l’animal s’en trouve-t-elle altérée ?

Flappy refuse de sortir …

Malgré la rudesse de l’enseignement qui mijote encore dans nos tripes, nous restons à la ferme et collaborons activement à la bonne marche de celle-ci. Nous nous mettons pleinement à l’œuvre pour les soins des animaux, le travail avec les chiens, le déplacement des troupeaux, la réalisation de confiture et la réfection des clôtures. Sabine nous transmet chaque jour un peu plus de son savoir que ce soit sur l’élevage ou l’éducation des chiens de berger – sujet qui me fascine depuis que je les ai vu travailler -.

Jumbo

La collaboration se fait même si bien que Sabine se décide à partir en Camargue quelques jours et nous laisse la gestion de la bergerie. Mis à part la traite – que nous ne maîtrisons pas encore et – qu’Anne (résidante d’En Durou qui gère le potager ainsi que la fabrication des fromages) prend donc à sa charge – nous assumons seuls chèvres, moutons, chiens et poules. La confiance que Sabine nous témoigne nous touche et comme tout se déroule à merveille en son absence, c’est ragaillardis et rassérénés que nous terminons notre expérience à En Durou. Et les bras chargés de cadeaux – confitures maison, sel aux herbes, sans oublier la fameuse Blanquette de Limoux –  et le cœur riche de cette nouvelle expérience de wwoofing, nous mettons le cap sur Toulouse ; La ville rose.

A tout plus dans notre prochain post, pour découvrir la suite de nos aventures citadines et spirituelles, pour ne pas dire religieuso-commerciales ?!…

 

Y & A

 

Quelques liens utiles :

Twiza – le site pour les chantiers participatifs

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